Martine n’avait dormi
que sur une oreille. C’est que son plus jeune, en proie à de violentes crises
de douleur, s’était accaparé toute l’attention maternelle. Celui-ci s’était tortillé
toute la nuit, victime de spasmes incontrôlables. C’était sans compter tous
les cris et gémissements qui, à plusieurs reprises, réveillèrent ses frères et sœurs.
La plupart, une fois éveillés, imitèrent le malade, se mirent à gémirent puis à
réclamer leur maman.
Elle s’était donc dévouée,
en bonne mère, à tenter d’apaiser la panique générale. Plusieurs fois, elle se
rendit au nid douillet, auprès de ses protégés, leur apportant soins, réconfort
et chaleur maternelle. Mais en vain. Le malade hurlait de plus en plus fort,
suivit en cœur par toute la troupe.
S’en était trop. L’aube
ne tarderait pas à pointer à l’horizon, et de toute la nuit, aucun de ses enfants
n’avait dormi. Afin de s’assurer qu’ils jouissent d'un minimum de vigueur et de
lucidité lorsque la journée débuterait, elle devait veiller à ce qu’ils profitent
d’un peu de sommeil.
Elle envisagea une
ultime solution et se rendit au garde-manger. Briser la routine des repas n’était
pas ce qu’il y avait de plus convenable, mais au moins, une fois les penses
bien remplis, elle aurait de meilleures chances de venir à bout de cette
cacophonie. De plus, elle en profiterait pour faire le plein de provisions pour
une bonne journée, des fois que le plus jeune la retienne à son chevet. Elle
devait envisager le pire.
Doucement, sur la
pointe des pieds, elle s’aventura dans les dédales de tunnels menant au garde-manger.
Ce n’était pas la première fois qu’elle s’y rendait par nuit noire. Lorsque
tous dormaient, il était beaucoup moins probable de faire de mauvaises
rencontres. Elle connaissait par cœur tous les embranchements qu’il fallait
emprunter. À tâtons, sur la pointe des pieds, elle s’avança, longeant les mûrs,
bravant les ténèbres.
Elle atteignit sans
bruit la voute donnant sur la pièce où étaient entreposées les victuailles. Elle
pouvait sentir l’odeur des croquettes dont raffolaient tant ses petits. Par
chance, le sac était encore ouvert. Quelques-unes de ces grosses boules bien
rondes leur fermeraient bien le clapet pour le peu de temps qui restait à cette
nuit agitée, se dit-elle. C’est tout de même avec une certaine crainte qu’elle
risqua une sortie, hors du dédale de tunnels. Son flair la mettait en
garde face à une éventuelle présence indésirable.
Et avec raison. Une vive
lumière brisa instantanément les ténèbres. Une énorme créature se tenait au
beau milieu du garde-manger, et Martine sentit un regard mauvais se poser directement
sur elle. Un regard de dégoût, ce qui ne présageait rien de bon. Sur le coup,
son cœur battit à tout rompre. La créature émit un cri strident, et Martine,
livrée à la peur, prit ses jambes à son coup.
Tiraillée par une fringale
nocturne, Mathilde s’était rendue au garde-manger dans l’espoir d’y trouver un
en-cas qui apaiserait le creux de son estomac. Elle ne s’attendait pas à une
telle intrusion, et aussitôt qu’elle aperçut ce petit rongeur qui la
regardait d’un air hébété, elle ne put s’empêcher de lâcher un cri. Ces souris
étaient répugnantes, et pire que tout, cette dernière rôdait dans le sac de
croquettes de son bien aimé toutou.
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